A l’angle de la rue Neuve et le la Grande-Rue, se trouvait une mythique salle de bal, devenues commerces aujourd’hui. Voici son histoire :
La « salle de bal » n’est plus
La commune de Saint Corneille a acheté l’ancienne « salle de bal » pour la restaurer et la transformer en y aménageant 2 locaux commerciaux.
Cette salle est située à l’angle de la route de Fâtines et de celle de Savigné ; et le nom « salle de bal » était jusqu’en juillet dernier toujours écrit dessus, alors qu’elle était inutilisée depuis environ 40 ans.
Son évocation auprès des anciens habitants de la commune fait surgir de nombreux souvenirs heureux, de fêtes, mariages, bals, …
Elle faisait partie de l’auberge « Le Chat qui pelotte ».
Quelle est l’histoire de cette auberge ?
Celle-ci est construite en 1861 sur un terrain acheté en 1860 par Alexandre Binoist, affranchisseur*, avec son épouse Marie Dubois, à Alfred Haëntjens, alors propriétaire de La Perrigne et maire de notre commune. La parcelle achetée, d’une surface de 11 ares, provenait de la ferme voisine, la Reverserie.
D’où vient l’enseigne peu commune « Le chat qui pelotte » ? Alexandre et Marie Binoist ont sans doute été inspirés par le roman d’Honoré de Balzac (1799 -1850) publié en 1842 sous le titre « La Maison du Chat-qui-pelote ».
Fin 1883, l’auberge est vendue à Auguste Boulay (26 ans) de Montfort et son épouse, Désirée Lecomte. Ces derniers exploitent l’auberge jusqu’en 1919, puis la louent à Charles Hervé, et la vendent en 1923 à Pierre Clément Paty, « messager » (transporteur).
Charles Hervé, hongreur* et boucher, formé chez la famille Salmon propriétaire de l’auberge du « Soleil Levant », s’installe en 1923 à proximité de celle-ci dans des locaux jouxtant cette auberge ; ils y ouvrent une boucherie qui existera jusqu’au départ en retraite en 1993 du dernier boucher, Bernard et Mme Legesne.
La famille Paty exploite l’auberge jusqu’en 1933, date à laquelle le fonds de commerce est cédé à Robert Barbet, et son épouse, qui ajoutent l’activité de négociant en grains, engrais, charbon. En 1945, ce dernier achète l’autre auberge, celle du « Soleil Levant, et s’y installe.
Ce sont Henri Ménager (47 ans) et son épouse qui prennent la suite au « Chat qui pelotte », mais moins d’un an plus tard, ils en cèdent le fonds de commerce.
Celui-ci est repris par Paul Thomas et son épouse, originaires de Fougères. Paul qui avait travaillé chez Lego à Boessé-le-Sec créé une activité de mécanique auto. Mais, trois ans plus tard, ils arrêtent, et cèdent les deux fonds de commerce.
Le 3 septembre 1949, ce sont Emile dit Jean Macon (27 ans) et son épouse Anne Marie qui reprennent l’ensemble. Et cette fois, les activités se développent bien. En 1955, ils achètent les bâtiments et le terrain aux descendants de la famille Paty. En 1960, ils ajoutent une station-service.
En 1982, Jean a alors 60 ans, l’activité café et restauration est arrêtée, la licence Boissons est vendue à la discothèque qui est en cours d’installation à St Corneille. Quelques années plus tard, le bar rejoint la salle Multi-usages construite par la commune. La retraite est totale en 1994 avec l’arrêt de l’activité de mécanicien et de la station-service.
La « salle de bal », longtemps la salle des fêtes de St Corneille
L’auberge « Le Chat qui pelotte » a donc fonctionné avec sa salle de bal pendant 120 ans.
Cette dernière n’a pas toujours été la seule ; il y en a eu 2 autres qui ont disparu depuis longtemps, l’une à l’auberge du Soleil Levant, l’autre à la boulangerie qui avait aussi jusqu’en 1969 une activité de café. Mais depuis 1945, elle était devenue en quelle que sorte la salle des fêtes de St Corneille, même si les relations avec son propriétaire n’ont pas toujours été faciles.
Il y a pourtant eu à plusieurs reprises des demandes de construction d’une salle des fêtes communale et même deux projets qui n’ont pas abouti, mais il a fallu attendre 1988 pour en voir la concrétisation avec la salle « Multi-usages ».
La salle de bal du « Chat qui pelotte » (13,5 m x 9,5 m) a été construite en briques rouges, avec un enduit à la chaux dessus ; ce matériau n’était pas couramment utilisé pour construire des murs dans notre commune. Le plancher était bien sûr un parquet en bois.
Pour les spectacles, une estrade occupant tout le fond de la salle pouvait être montée. Celle-ci pouvait être réduite pour l’animation des bals ou mariages.
Cette salle, comme son nom l’indique, accueillait plusieurs fois par an des bals (réunions où l’on danse) organisés par l’aubergiste ou une association de la commune ; ceux-ci, animés par un petit orchestre où l’accordéon était en général l’instrument de base, avaient lieu le plus souvent le dimanche soir. Des cornéliens ont participé à ces orchestres, notamment Albert et Marcel Paulin et Jean Clément.
Parler de la salle de bal aux cornéliens les plus anciens, c’est remuer de vieux souvenirs.
Ces bals réunissaient essentiellement des jeunes, mais pas uniquement ; les participants venaient de la commune et des communes voisines à pied ou à vélo jusque dans les années 1950, puis à vélomoteur (mobylette, solex, ….), pour certains en voiture dans les années 1970.
Si la salle de bal de St Corneille pouvait parler, elle dirait qu’elle a vu naître de nombreux couples, dont certains ont célébré leur mariage dans cette même salle. En effet, celle-ci accueillait des repas et banquets à la demande des familles et associations. Du temps de Mr et Mme Macon, des cuisiniers ou cuisinières étaient appelées en renfort pour préparer les repas, et des jeunes filles pour le service.
Lors de certains mariages, la traditionnelle photo de groupe avait lieu devant l’auberge, comme en témoignent deux exemples de 1928 et 1932. A l’époque, la circulation le permettait ! Plus fort encore : lors d’un mariage en 1958, il y avait tellement d’invités qu’une chaumière avait été installée dans la rue Neuve à côté de la « salle de bal », celle-ci étant réservée à la restauration, et l’autre à la danse. Peut-on imaginer aujourd’hui bloquer cette rue pendant 4 jours à des fins privées ?
Certains se souviennent de repas de famille à l’occasion de baptêmes, communions ou autres. C’est là aussi que se tenaient les repas organisés par les Anciens combattants les 8 mai et 11 novembre.
En 1957, la commune a décidé d’inviter chaque année les personnes de plus de 70 ans à un repas ; ce « repas des vieux » s’est longtemps tenu dans la « salle de bal », le premier ayant eu lieu le 2 juin 1957.
Chez les plus âgés des anciens élèves de l’école, la « salle de bal » évoque les séances de distribution des prix qui se déroulaient là à la fin de chaque année scolaire. Les élèves de chaque classe présentaient des danses, petites pièces de théâtre, chants, devant les membres du conseil municipal et les familles ; ensuite, ceux qui avaient eu les meilleurs résultats au cours de l’année recevaient des « prix », c’est-à-dire des livres qui ont eu longtemps une couverture rouge, lesquels étaient remis par le maire ou les adjoints.
Les anciens élèves des années 1950 se souviennent aussi des « arbres de Noël » où les enfants des écoles recevaient des cadeaux après un spectacle où ils avaient joué et chanté devant leurs parents et les conseillers municipaux.
La « salle de bal » était aussi le lieu où se tenaient des réunions diverses où il y avait beaucoup de monde. J’ai par exemple le souvenir d’une vente aux enchères à la bougie où la salle était pleine.
En dehors de l’activité liée à la salle de bal, l’auberge du « Chat qui pelotte » était avant tout un café où on pouvait aussi jouer au billard. Hormis les grands repas indiqués ci-dessus, ce n’était pas un restaurant ouvert en permanence au temps de la famille Macon ; mais ce fut le cas autrefois comme en témoigne une carte postale de la période Boulay.
Gilbert PAULIN



